Pas à pas, pays par pays, le récit de nos aventures

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Saigon – Phnom Penh, jour 61, 31 août 2012

Jour de transit aujourd’hui puisque 6 heures de bus nous attendent pour rejoindre Phnom Penh au Cambodge depuis Saigon. Le premier bus de la journée était plein, nous avons donc du prendre des billets pour le bus de 11 heures. Pas grave, quelques heures de sommeil en plus ne seront pas de refus !

Nous quittons notre guest house et rejoignons à pied le terminal de bus, et c’est parti pour 6 heures de trajet théorique, plutôt confortablement installés dans un bus moderne. Nous sommes désormais coutumiers des heures de bus, nous savons comment occuper notre temps ! Arrivés à la frontière, les formalités de départ et d’entrée se font sans difficulté et nous roulons encore deux bonnes heures, et là…… on nous fait le coup de la panne ! Deux heures immobilisés pour une sombre histoire de courroie de transmission. Il est 18h30 et nous aurions du arriver à destination depuis 1h30. Nous prenons notre mal en patience, quand le chauffeur nous indique de sortir pour rejoindre un bus garé devant nous. Effectivement, c’était le bus de la même compagnie parti deux heures après ; mais bien évidemment, il était plein à craquer. Nous avons donc passé les deux dernières heures du voyage debout dans le bus à discuter politique européenne avec un anglais et un allemand.

Nous arrivons finalement à Phnom Penh après 10 heures de bus, et rejoignons grâce au GPS de Saint I-phone notre guest house où nous nous écroulons après un bon repas et la mise à jour tant attendue du site internet. Demain, visite de Phnom Penh !


Phnom Penh, jour 62, 1 septembre 2012

Premier réveil à Phnom Penh, nous nous levons tôt pour profiter à fond de la journée. Nous réservons nos billets de bus pour Battambang le lendemain et partons pour le centre S 21, musée dédié au génocide perpétré par Pol Pot entre 1975 et 1979. Certes, ce n’est pas des plus réjouissant, mais c’est aussi notre histoire et notre passé proche, une grande partie de la population actuelle a vécu cette période au Cambodge, on ne peut pas en faire abstraction.

Le tuk tuk nous dépose devant le musée. Le S 21 est une ancienne école transformée en prison et centre de torture sous Pol Pot. L’endroit est effroyable, chaque parcelle de ce lieu où jadis des rires d’enfants résonnaient sur les murs sent la mort et la désolation. Les salles de classes, laissées en état après la fermeture de la prison, ont été transformées en salle de tortue ou en prison sommaire. Au centre de celles du bâtiment A, les sommiers en métal comme unique mobilier au sein de la grande pièce font froid dans le dos. Au mur, une photo sobre de la dernière victime découverte dans chaque salle. Au sol, une batterie utilisée pour les tortures aux chocs électriques. Les visages sont fermés, le silence de marbre et l’émotion à la hauteur de la barbarie du lieu. C’était éprouvant. Les témoignages des sept uniques survivants du centre en disent long sur les conditions de détention. Les visages des victimes disposés en trombinoscope dans les salles du premier étage du bâtiment B témoignent de l’ampleur du massacre : 20 000 âmes périrent ici ou dans le centre d’exécution voisin où nous nous rendons maintenant.

Le centre est situé à 15 km de la ville, en pleine campagne. Ici, des bus amenaient jusqu’à 300 prisonniers par jour, qui devaient être exécutés après avoir avoué à bout de force sous la torture de faux crimes imaginés par le régime totalitaire paranoïaque. Le lieu est désormais calme et paisible, une grande pagode – ossuaire se dresse au milieu du site. Le parc vallonné cache des charniers massifs contenant parfois plus de 400 corps. Tous n’ont pas encore été exhumés, et il n’est pas rare, sur les chemins, de marcher sur des morceaux de tissus usés par le temps, qui ne sont d’autres que les vêtements des corps enterrés sous nos pieds. Nous finissons le tour du camp et regagnons le centre ville direction le palais royal.

Après avoir mangé dans le quartier, nous visitons la partie visitable de ce magnifique palais, tout recouvert d’or, d’argent et ornés de sculptures de Nagas, créatures mythiques des fleuves. La pagode d’argent (dont le sol est en argent massif !) valait vraiment le coup d’œil ! Nous repartons en fin d’après midi, remontons les quais le long de la rivière en direction de la guest house, et tombons sur une fête populaire devant un temple. Ambiance et musique traditionnelle rythme les bords du fleuve. En parlant de tradition, nous avons sacrifié à celle de relâcher un oiseau sur les bords du fleuve…Bon Hadrien a du s’y reprendre à deux fois pour la photo, mais le résultat était là !

Nous dinons sur les bords du fleuve et rentrons tranquillement à l’hôtel après cette journée chargée en émotion ! Au final, la matinée aura été éprouvante mais nous sommes contents d’avoir pu apprendre sur le peuple cambodgien que nous avons l’impression d’un peu mieux connaître maintenant. Elle nous a permis de mieux comprendre le paradoxe du fameux sourire khmer, qui se lit sur tous les visages, quelque soit les âges. On le reçoit au premier abord comme une porte ouverte mais on peut aussi le voir comme l’effort de ce peuple courageux pour garder la face par rapport à son passé. Quoi qu’il en soit, chaque rencontre ne nous laisse pas indifférents, elles ont toujours quelque chose de profond, empreintes de respect mutuel accentué par le fameux salut sompiah (inclinaison du buste et mains jointes). Nous avons hâte de découvrir d’autres aspects de ce beau pays dès demain où nous partons pour Battambang ! (les photos arrivent, on attend une connexion un peu meilleure...)


Phnom Penh - Battambang, jour 63, 2 septembre 2012

Notre bus pour Battambang étant à 13h, Marion souhaite profiter de la matinée pour aller voir l’orphelinat où sa cousine a été adoptée en 1991. Il se situe à 30 min de marche et nous nous mettons donc en route. Malheureusement une pluie battante se déverse sur nous et nous sommes obligés de prendre un tuk tuk jusqu’à l’hôpital Calmette, attenant à l’orphelinat. Mais en arrivant, impossible de le trouver, et tous les gens à qui nous demandons notre chemin ne peuvent nous renseigner. Après plusieurs échanges, le gardien de l’hôpital nous fait signe de le suivre et nous traversons les services les uns après les autres sans trop savoir où nous allons. Puis nous arrivons en plein milieu du service de cardiologie, pour comprendre que le gardien nous a emmenés à un docteur parlant français ! Malheureusement lui non plus ne connaît pas le lieu… Un peu dépités et gênés de déranger ces gens si serviables nous rebroussons chemin et repartons vers le centre. Nous avons juste le temps de manger une salade qu’il est l’heure de prendre notre bus pour Battambang.

Le trajet est court (5h de bus nous semblent maintenant rien du tout) et comme d’habitude nous voyageons au rythme des karaokés diffusés sur les télévisions. Nous avons oublié de préciser ce détail, les cambodgiens sont fans de karaoké et nous n’avons pas fait un trajet de bus sans ces fameux clips passés en boucle sur lesquels les passagers fredonnent joyeusement ! Il est difficile pour nous de garder notre sérieux devant ces clips où la plupart du temps un jeune de 17 ans gominé jette son portable par terre après avoir vu sa fiancée avec un autre. La confrontation est souvent très émouvante et bien jouée, la protagoniste pleurant toutes les larmes de son corps quand elle est découverte et tous deux se disputent dans un chant aigu repris par le bus. Il faut le voir ! En tout cas ces trajets de bus changent complètement nos repères : en France quand un portable sonne dans un lieu public tout le monde rouspète avec condescendance. Ici, les portables aux sonneries de tubes cambodgiens réglées sur volume maximum sonnent sans arrêt et personne ne se presse pour décrocher. Souvent on s’aperçoit en fait que le téléphone ne sonne pas, c’est juste que son propriétaire souhaite écouter la musique et ici pas d’écouteurs, tout le monde en profite ! Au début c’est un peu surprenant, mais on s’y fait vite et on s’amuse à voir qu’on ne les remarque même plus maintenant !

Après 5h de karaoké donc, nous arrivons à Battambang. Nous ne sommes pas très loin de l’hôtel mais un tuk tuk nous propose de nous y emmener pour trois fois rien et nos sacs étant lourds, nous acceptons. Nous comprenons ensuite que le conducteur cherche à nous emmener en excursion le lendemain. Nous avions justement choisi Battambang, une ville en pleine campagne pour nous perdre un peu dans les villages. Et partir avec un tuk tuk dont le chauffeur connaît bien la campagne permet d’avoir un parcours un peu personnalisé hors des sentiers battu. Notre chauffeur, Scorpio est en plus adorable, parle français et anglais et nous fait savoir qu’il a vraiment envie de nous montrer son pays. Nous acceptons avec joie et nous ne le regretterons pas.

Après avoir déposé les sacs à notre guesthouse, nous sortons grignoter quelque chose. Malheureusement nous nous apercevons vite qu’un dimanche soir à Battambang, il n’y a comment dire… Pas un chat et pas un restaurant ! Juste quand nous allions désespérer de trouver quelque chose, nous tombons sur un petit restaurant adorable tenu par un français et sa femme cambodgienne. Le principe du restaurant est à l’image du couple, Mr est aux fourneaux et Madame et sa famille se sont occupées de toute la décoration khmer. Le propriétaire, Patrice, nous accueille chaleureusement et nous explique son histoire. Il était parti pour faire lui aussi un tour du monde et s’est finalement arrêté au Cambodge où il a rencontré sa femme. Ensemble ils ont ouvert ce charmant restaurant où les magnifiques tables en bois massifs et marqueterie ont été fabriqués par le beau-père. La femme de Patrice a confectionné les lampes sur pieds dont les abat-jours sont de grosses fleurs en tissus que l’on offre traditionnellement aux mariages. De grands volets coloniaux multicolores, comme ceux que l’on trouve dans Battambang, sont suspendus aux murs peints à la chaux. Le tout donne une ambiance très chaleureuse amplifiée par l’accueil de la famille. Nous goutons de délicieux plats, des rouleaux de printemps très frais, des fleurs ressemblant à des lys, que l’ont fait bouillir et qui ressemblent à des poireaux, des crevettes… Un vrai régal. Un couple de français nostalgique est venu s’offrir une bouteille de vin rouge au prix fort. Ca nous fait bien envie mais elles sont au prix de notre budget journalier, nous nous abstiendront ! Après cette bonne dégustation nous retournons à notre hôtel car nous avons rdv le lendemain avec Scorpio pour une journée qui s’annonce bien remplie !


Battambang, jour 64, 3 septembre 2012

Réveillés à 7h, nous retrouvons Scorpio et son tuk tuk en bas de l’hôtel. Au programme, se perdre un peu dans les villages, visiter quelques temples : voir un autre aspect du Cambodge à travers sa campagne. Scorpio nous donne tout de suite le sourire, tout petit et souriant, il respire la joie et est tout content de pouvoir parler français avec nous. Il nous emmène d’abord dans le village de Vat Kor, où nous visitons une maison traditionnelle khmer du début du siècle dernier. La propriétaire cambodgienne parle français couramment car son grand-père, secrétaire du gouverneur français de la région de Battambang, lui a appris notre langue dès son plus jeune âge. Ce dernier a construit la maison en 1907 et depuis, chaque meuble, chaque photo (et chaque grain de poussière diront les mauvaises langues...) est resté intact. La maison est pleine de charme. Comme la plupart des maisons des villages, elle est construite sur des pilotis de 3m de haut. Elle est entièrement faite de bois, du parquet à la magnifique charpente. Après avoir retiré nos chaussures, nous entrons dans la « salle de réception », une grande salle aux longues lames de parquet polies par les années et au lourd mobilier khmer en bois massif. La propriétaire ouvre les lourds volets en bois un à un et la lumière entre par faisceaux dans la sombre pièce. Les murs peints en bleu ciel accueillent une série de portraits en noir et blanc éclaircis par les années : celui du fameux grand-père qui pose fièrement à côté des générations suivantes photographiés lors de mariages. Des certificats d’étude, des lettres ornent aussi les murs. Puis nous visitons la partie de la maison construite pour les servantes : deux chambres plus démunies où les planches servant de murs sont plus espacées et seuls un grand lit et une armoire en bois font office de mobilier. La propriétaire nous explique que si nous le souhaitons nous pouvons dormir ici cette nuit. Nous sommes super contents et acceptons tout de suite. Le petit garçon qui nous a suivi pendant toute la visite a l’air ravi d’être notre hôte, surtout que Marion a eu la bonne idée de prévoir un stock de bonbons pour l’occasion et il s’en rempli les poches en rigolant !

Mais il est encore tôt et il nous reste des choses à voir avant ce soir. Nous reprenons donc la route vers un petit village où nous pouvons prendre le fameux « bamboo train ». Attention, l’expérience commence ! Le bamboo train est le moyen qu’utilisent les villageois pour transporter leurs marchandises d’un village à l’autre. Sur les vieux (le mot est faible !) rails datant du passage des français, les cambodgiens ont installé quatre roues, deux essieux, une petite palissade de bambous et un moteur, et ça fait un train ! Comme tout est permis, il est possible de rencontrer un autre train, dans ce cas là le moins chargé des deux devra démonter son équipement et laisser passer l’autre. C’est parti, tout devrait bien se passer, Marion a lu que cela n’allait pas plus vite que 15km/h. Mais nous ne nous attendions pas à ce que notre chauffeur soit d’humeur taquine et pousse son moteur jusqu’à 40km/h. Et avec le jeu énorme entre les portions de rails, le manque de stabilité de l’engin, et les bruits bizarres quand on traverse des rivières sur des ponts en bois, les sensations sont dignes d’un parc d’attraction !!! Sauf que si on a un accident, là dans la campagne vide, on ne voit pas très bien qui pourra nous aider et ce n’est pas notre conducteur édenté qui éclate de rire devant nos sourires crispés qui va nous rassurer ! Après 15min de trajet, nous arrivons finalement dans un petit village où nous sommes accueillis par un vieux cambodgien parlant français. Ses petits-enfants nous emmènent visiter leur village. Ils nous racontent des choses sur leur vie (ils parlent bien anglais), leur famille, et s’adonnent à une séance photo dans des poses marrantes car ils adorent voir le résultat sur l’appareil. Un des garçons a fabriqué un iPhone 4 en argile très ressemblant. Même au fin fond du Cambodge, les enfants connaissent Apple ! Ils sont vraiment adorables et sont contents de voir que les poches d’Hadrien sont pleines de bonbons… De retour à l’entrée du village nous reprenons le bamboo train pour rejoindre Scorpio.

Nous partons maintenant visiter le Phnom Banan, un grand temple en haut de 358 marches qui selon les habitants, aurait inspiré les constructeurs du temple d’Angkor. Nous marchons entre les 5 tours au milieu de ruines de pierres échappées des tours. Nous sommes impressionnés de voir que le site est complètement libre d’accès : nous nous frayons un chemin en marchant sur les pierres vieilles de 1000 ans, parfois sculptées et pas du tout protégées de l’érosion des pas… En France la moindre pierre serait protégée sous une cloche, ici nous marchons littéralement sur ces merveilles archéologiques ! Après cette escapade sportive, nous partons visiter le vat Ek Phnom, un autre temple du 11ème siècle cette fois ci complètement en ruine ! Nous passons (enfin courons) sous des portes de pierre massives à deux doigts de l’écroulement ! En regardant le temple nous avons l’impression d’être devant un château de carte prêt à fléchir. Mais cela donne un charme indéniable à l’ensemble, imaginez en pleine nature un temple de pierre au bord de l’effondrement, entouré de pierres rectangulaires enfouies un peu partout dans la végétation. En repartant nous croisons un instituteur avec qui nous discutons pendant que ses 40 élèves se ruent dans les ruines et se dispersent comme dans une fourmilière géante dans les artères du temple aux pierres si dangereuses. Ca fait un peu froid dans le dos !

Nous reprenons la route, comme depuis le début de la journée, nous traversons les villages et Scorpio prend le temps de nous expliquer comment les gens y vivent, ce qu’ils y font. A la pause déjeuner il nous parle de la vie sous Pol Pot. Tous les gens des villes étaient envoyés à la campagne pour travailler comme des esclaves qu’il affamait afin de construire une societé de paysans en exterminant les intellectuels. Scorpio y a perdu des membres de sa famille et nous explique que depuis qu’il est petit (il a 25 ans) on lui inculque qu’il a de la chance d’être né « après ». Aujourd’hui selon lui tout va mieux. Même s’ils ont le même Premier Ministre depuis 15 ans, même si celui-ci n’est pas optimal, au moins ils vivent en paix et cela n’a pas de prix. Ce n’est peut-être qu’une illusion, il faudrait avoir vécu plus longtemps dans ce pays pour le savoir mais il est vrai que les gens ici respirent la joie. Dans chaque village, au bord de chaque route, les gens de tout âge vous offrent un sourire immense. Même quand on passe seulement en tuk tuk, même si les regards se croisent pendant 2 secondes. C’est la première fois que l’on ressent autant cela dans un pays. C’est idiot mais à la fin de la journée on ne peut s’arrêter de sourire nous aussi.

Le soir approche déjà et Scorpio nous emmène dans la famille cambodgienne qui a proposé de nous héberger dans leur jolie maison traditionnelle khmer. Nous sommes accueillis par la grand-mère, qui nous a préparé un repas traditionnel que nous mangeons à la bougie dans la vieille salle à manger au milieu des portraits de famille. Un moment un peu hors du temps ! Nous goûtons de l’amok à la citronnelle (le poisson cambodgien) et une bonne soupe au curry et à la noix de coco en nous imaginant les générations qui ont vécu dans cette pièce. La grand-mère et son petit-fils s’assoient avec nous. Elle nous parle de sa maison, de sa vie pendant la guerre, de sa famille, etc. Son petit-fils adorable Sandei, âgé de 4 ans, qui nous suit partout depuis qu’on est arrivés nous fait bien rire, il ne comprend rien pas le français mais n’arrête pas de parler à Hadrien en cambodgien ! La grand-mère a peur qu'il nous dérange et essaiera toute la soirée, de l’envoyer dans sa chambre mais à chaque fois qu’elle l’attrape et le sort, il réapparaît 5 min après en rigolant et se jette sur notre lit ! S’ensuit une séance de photos/grimaces avec Hadrien qui a vraiment la côte avec lui. Vous pourrez admirer les belles photos !

Mais il est déjà 21h et la famille commence à aller se coucher. Après une courte douche au tuyau d’arosage nous faisons de même. Une cloison en bois nous sépare de la famille dont les membres dorment tous ensemble. Notre chambre aux fenêtres sans vitres laisse passer tous les moustiques et nous sommes bien contents d’avoir une moustiquaire ! L’ambiance est en tout cas surréaliste, nous avons l’impression d’être à une autre époque dans cette chambre en bois avec comme seul anachronisme le ventilateur en fer au dessus de notre lit. Mais il n’y a déjà plus un bruit et nous nous mettons au rythme de la famille en nous endormant rapidement.


Battambang, jour 65, 4 septembre 2012

Et nous avons bien fait de nous endormir tôt, au premier cocorico du coq, nous sommes réveillés par un poids tombé sur notre lit. Qu’est-ce que c’est ??? Ah très bien, c’est le petit Sandei qui s’est jeté sur notre lit et qui saute déjà dessus ! Il est de bonne humeur le matin et chantonne « skai, skai, skai » auquel Hadrien répond « Tai, tai, tai » (« bonbons, bonbons, bonbons », « non, non, non » !!). La grand-mère accourt pour s’excuser mais Sandei nous fait beaucoup trop rire pour lui en vouloir. Et il n’est pas décidé à partir et restera donc jouer avec nous. Après un petit-déjeuner copieux (deux énormes plats de nouilles aux légumes et au porc pour bien commencer la journée), nous retrouvons Scorpio venu nous chercher pour nous emmener prendre le bus pour Siem Reap. Eh oui nous quittons déjà Battambang et la gentille famille cambodgienne. Marion a presque une petite larme en quittant Sandei à qui elle apprend le « Give me five » auquel il s’adonne avec joie. Sur le chemin vers Battambang, nous croisons encore des familles cambodgiennes toujours souriantes. Nous quittons la campagne avec nostalgie et pouvons désormais dire que nous avons un coup de cœur pour ce pays. Et encore une fois les habitants y sont pour quelque chose…

Après 3h30 de bus pour Siem Reap, la ville des temples d’Angkor, le bus nous dépose sur un terrain vague et nous rejoignons notre guesthouse à pieds. Bien installés, à l’heure qu’il est nous nous apprêtons à aller dîner dans le centre. Si on ne vous a pas déjà perdus après ces deux longs jours de récits on vous dit bravo et à demain  !


Siem Reap, jour 66, 5 septembre 2012

Nous nous réveillons sur le coup des 7 heures dans notre « guest house » comme dirait Marion, qui ressemble plus à un hôtel 3 étoiles avec piscine, mais c’est la basse saison ici, alors les prix fondent comme neige au soleil. Tant mieux, on en profite ! Après un petit déjeuner copieux, nous enfourchons les vélos mis à disposition par l’hôtel, direction les temples d’Angkor. Les premiers coups de pédale sur nos vélos Peugeot d’un autre temps nous donnent le ton de la journée : ca va être sport ! Et en effet, les temples se trouvent à 13 km de l’hôtel, auxquels nous ajouterons les 17 km du petit circuit dans les temples, soit plus de 40 km dans la journée sur des montures efficaces mais rustiques. Nos fesses s’en souviendront un moment.

Nous arrivons vers le plus célèbre des temples, l’Angkor Vat, sur le coup des 10 heures du matin. L’édifice est immense, il nous faudra bien deux heures et demie pour en parcourir tous les recoins. Etant le mieux conservé, il perd un peu de son charme, et la présence de cars de touristes n’arrange en rien l’affaire ; mais c’est à coup sur un temple à ne pas négliger. Nous reprenons nos fiers destriers d’aciers rouillés (pour la petite histoire, Hadrien avait le même vélo chez ses grands parents, pas trop dépaysé ^^) et nous dirigeons vers l’ancienne capitale où nous admirons un long moment les visages sculptés du temple de Bayon, et où nous prenons plaisir à nous perdre dans ses allées étroites et escarpées. A Angkor, chaque temple possède son charme, son caractère et se veut étendard d’une époque. Les rois qui se succédèrent apportèrent chacun leur(s) pierre(s) à (aux) l’édifice(s).

Nous déjeunons non loin du palais royal, visitons un temple alentour avant de nous rendre à Ta Phnom, temple complètement submergé par la végétation. Le mélange de bois et de pierre est vraiment atypique dans ce temple laissé intact depuis sa découverte. La nature a repris ses droits sur les constructions humaines. Nous sommes quelque peu renvoyés à notre condition passagère, tant ces immenses arbres recouvrent et lovent des murs de pierres qui devaient résister à l’usure du temps.

Nous finissons notre tour et rentrons sous quelques gouttes d’eau à l’hôtel avant de repartir diner dans un restaurant caritatif qui œuvre, en les embauchant et en les formant, à l’insertion de jeunes orphelins adultes. Service et nourriture vraiment incroyables ! Nous rentrons nous coucher, les temples d’Angkor nous attendent encore demain.


Siem Reap, jour 67, 6 septembre 2012

Ou pas… Réveillés par le bruit de trombes d’eau s’abattant sur la terrasse de l’hôtel, nous décidons tout de même de nous lever pour aller déjeuner. Le mètre qui sépare le lobby de la terrasse nous a suffit pour prendre l’équivalent d’une douche… Le petit déjeuner fut silencieux, impossible de s’entendre dans le vacarme des gouttes. Une heure plus tard, même constat. Impossible de sortir sans risquer la noyade.

Contre mauvaise fortune, nous choisissons l’option repos intégral : préparation de Bali, mise à jour du site internet, sieste, films, repas à l’hôtel…Bref, vacances, et un vrai jour à ne rien faire, ça change des 66 précédents ! Espérons que le temps sera de la partie demain…


Siem Reap, jour 68, 7 septembre 2012

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’on a bien fait d’attendre ! Grand soleil au rendez-vous pour cette journée, nous nous levons donc de bonne heure et motivés pour cette fois-ci, 60 km de vélo dans les temples reculés d’Angkor. Après un petit déjeuner riche en sucre lents, nous reprenons nos compagnons à deux roues (avec un peu d’appréhension pour nos fesses…), et retournons aux temples d’Angkor.

Nous repassons devant le majestueux Angkor Wat, devant l’imposant Bayon et continuons notre route au Nord. A peine sortis de l’enceinte de l’ancienne capitale, un chemin de terre s’offre à nous sur notre gauche. Coup d’œil sur le plan, mouais, ça à l’air de passer aussi, alors en avant Guingamp ! Nos vélos grincent un peu sur la terre rouge de ce tortueux chemin qui contraste avec le vert de la végétation environnante. En tout cas, nous ne regrettons pas ces quelques coups de pédales de plus, on découvre en effet les villages locaux et leurs maisons surélevés, nous sommes salués par de grands sourire, des enfants aux vieillards édentés. C’est plutôt caustique de voir que des personnes vivent encore de manière très traditionnelle à quelques kilomètres de l’un des sites touristiques les plus fréquentés au monde. Cette coupure au milieu de nulle part est rafraichissante, d’autant plus que décidément, les cambodgiens sont vraiment adorables et les enfants, leur indéfectible sourire collé aux lèvres, sont beaux, tout simplement. Au bout de 20 minutes, le sens de l’orientation hors pair (ou presque) d’Hadrien, la position du soleil, le vent, les auspices, les éphémérides, bref tout nous indique que nous ne sommes clairement pas dans la bonne direction pour reprendre la route des temples. Oups, le plan aurait menti… Dans ces cas là, on se fie à la technologie : Saint I-Phone est sorti expressément du sac, son GPS activé, et s’il avait pu parler, cela aurait donné en substance : « Ben oui banane, fallait prendre à gauche à la grosse pierre après le petit arbre sur le minuscule chemin caché par une vache… ». C’était évident, of course. Donc marche arrière, re 20 minutes de vélo, et nous reprenons notre route.

Nous visitons deux temples avant la pause déjeuner, et décidément, chacun a son histoire, sa personnalité et son caractère. On ne s’en lasse pas. Nous déjeunons devant un troisième temple le traditionnel plat de noodles/chili sauce pour Hadrien et bœuf ananas découpé juste devant nos yeux pour Marion (un régal mais après le 30ème plat on ne peut plus jamais manger ni de pâtes ni de riz de notre vie), passons encore voir quelques temples et entamons le retour à l’hôtel vers 16 heures. Les derniers kilomètres paraissent vraiment interminables, on a les jambes sciées par ce périple en vélo, mais on se couche une nouvelle fois heureux, bien conscients de la chance que l’on a de vivre des journées pareilles.


Siem Reap, jour 69, 8 septembre 2012

Bon, fini le tour de France hein, aujourd’hui nous visitons les derniers temples d’Angkor qui se situent un peu trop loin de l’hôtel pour y aller en vélo. Bon ok ça se fait (90 km dans la journée), mais notre corps nous dit non. De plus, le dernier groupe de temple étant assez petit, nous profitons de la matinée pour visiter la forêt inondée de Kompong Pluk. Mais avec les pluies de la veille, il n’y avait pas que la forêt qui était inondée, le chemin d’accès était lui aussi sous deux mètres d’eau ! Nous prenons le bateau un peu plus tôt que prévu donc, mais pour être franc, le chemin valait presque plus le coup que la destination. C’est impressionnant de voguer en bateau au milieu d’une inondation sous un merveilleux ciel bleu, le paysage est simplement unique. On vous rassure tout de suite, l’inondation n’a causé aucun dégâts humains ou matériels, dans cette région toutes les habitations sont sur pilotis. Mais ces images de végétations affleurant l’eau, de bois brisés ou de bout de route sous l’eau étaient vraiment grisantes, d’autant plus que la saison touristique touchant à sa fin, nous étions quasiment seuls : le bonheur.

Avant la forêt inondée, nous traversons un village construit littéralement sur échasse ! Les maisons nous dominaient de six bons mètres, et leur reflet dans l’eau ainsi que la clapotis des fermes à poisson à leur pied donnaient un vrai charme et comblaient tous les sens du visiteur.

Nous longeons le bras d’eau qui scinde la forêt en deux, de part et d’autre une forêt luxuriante complètement inondée. La lumière traverse les feuillages et éclaire par tâches cette voute arborée. Nous arrivons à la lisière de la forêt, et là, nous changeons de monde. Un lac immense, un véritable désert d’eau s’offre à nos yeux. Le puissant soleil et le calme de l’étendu font se confondre ciel et mer, seuls quelques points noirs des bâteaux pêchant au loin et des montagnes de coton délimitent l’horizon. C’est déconcertant, c’est inattendu, c’est à couper le souffle. On a du mal à repartir, le lent demi-tour du bateau est un crève-cœur. Cependant, la forêt inondée s’en trouve magnifiée, elle ressemble à une oasis au milieu d’un désert aquatique. Nous prendrons d’ailleurs une demi-heure pour nous enfoncer au milieu des arbres à bords d’une embarcation plus légère.

Nous retrouvons notre tuk-tuk et nous rendons aux trois derniers temples d’Angkor. Mention spéciale pour le Lolei, ou plutôt pour son chemin d’accès complètement boueux qui a ravi mais alors RAVI Marion (qui s’est retrouvée dans la boue jusqu’aux genoux). Notre chauffeur nous propose de nous retrouver demain matin à 5 heures pour aller admirer le lever du soleil sur les temples, mais nos tickets ne sont plus valables, et le prix des amendes clairement rédhibitoire. Tant pis, de toute façon il n’a pas fait beau le lendemain.

Nous repassons à l’hôtel et partons diner pour la dernière fois dans Siem Reap dans un restaurant familial délicieux et un bœuf à l’ananas, pour changer ! Passage ensuite par le marché traditionnel, juste le temps pour Marion de s’acheter un Kroma –foulard traditionnel. Nous allons nous coucher car demain, c’est retour à Bangkok et départ à 7 heures du matin !


Siem Reap-Bangkok, jour 70, 9 septembre 2012

Levés de bonne heure, un mini-van vient nous chercher pour nous amener au bus qui doit nous conduire jusqu’à Bangkok. Nous prenons le bus, arrivons à la frontière, effectuons les formalités de départ du Cambodge et nous retrouvons côté thaïlandais. Il fait un soleil de plomb et quand nous voyons la file d’attente pour passer la frontière, un mélange de désespoir et d’incompréhension s’affiche sur notre visage. Et effet, il nous aura fallu 3h30 pour passer la frontière. Un vrai bonheur ! Et à la sortie, on sent qu’on se retrouve en Thailande. Notre bus s’est miraculeusement transformé en minibus ultra serré, et il a fallu grogner pour que la compagnie en affrète un deuxième pour les passagers restants.

Bref nous arrivons à Bangkok à 20 heures après 12 heures de bus pour 400 km. Nous marchons dans le quartier que nous connaissons désormais bien, et rentrons dans la première guest house venue. L’employée à l’accueil est moins aimable qu’une porte de prison, mais la chambre est propre, fonctionnelle, pas chère, on peut imprimer des documents à l’hôtel et même avoir un taxi pour le lendemain 6h afin de prendre notre avion : que demande le peuple ? Nous sortons nous balader, diner et faire deux trois courses avant de s’écrouler de sommeil. Encore une journée transit jusqu’à Bali demain, un peu nostalgiques : c’est la fin de notre mois en Asie du sud est. On aura vu quatre pays si proches mais si différents, des paysages magnifiques, des habitants le sourire au cœur malgré un passé cruel, d’autres plus antipathiques ; on aura vécu de jolies rencontres et appréhendé un rythme de vie plus lent, plus calme et très authentique. Mentions spéciales au Laos et au Cambodge, de vrais coups de cœur et des pays comme il en existe peu aujourd’hui. On reviendra, ça c’est promis.